Jessie J submerge avec I'll Never Know Why à l’église St Paul de Covent Garden
Jessie J submerge avec I'll Never Know Why à l’église St Paul de Covent Garden

Jessie J submerge avec I’ll Never Know Why à l’église St Paul de Covent Garden

Jessie J submerge avec I'll Never Know Why à l’église St Paul de Covent Garden

Artiste : Jessie J

Avec Ll Never Know , rebaptisé ici I’ll Never Know Why dans une version captée à l’église St Paul de Covent Garden, Jessie J signe l’un de ses retours les plus frontaux à la vulnérabilité, une chanson écrite pour un ami disparu qui devient, dans ce live londonien, une sorte de veille funèbre partagée. On la connaissait bête de scène, voix volcaniques et refrains taillés pour les stades, on la retrouve assise dans une nef, micro serré entre les mains, laissant sa pop se dépouiller pour toucher quelque chose de plus brut: la question obsédante de ceux qui restent, pourquoi?, à laquelle Ll Never Know refuse délibérément d’apporter une réponse simple.

I’ll Never Know Why

Cette version de Ll Never Know , enregistrée dans l’acoustique réverbérée de St Paul’s Church à Covent Garden, repose sur un dispositif minimal, piano en apesanteur, nappes discrètes, quelques attaques plus appuyées qui soulignent les montées de la voix. La production garde l’ossature de la version studio, mais l’écrin change tout: là où l’original est un morceau de pop lente et ample, ici chaque silence pèse, chaque respiration devient un élément de rythme. Le tempo, médium-lent, ne bouge presque pas, c’est la dynamique qui fait tout, un va-et-vient entre murmure et déflagration, entre couplets murmurés à quelqu’un de très précis et refrains projetés vers tous ceux qui ont déjà traversé ce type de fracture. On sent que la chanson a été pensée pour tenir à nu, sans artifices, lignes mélodiques simples mais tenaces, harmonies qui se déploient juste assez pour porter l’émotion sans tomber dans le spectaculaire gratuit.

Visuellement, ce live à St Paul’s Church fonctionne comme un contrechamp radical à l’image qu’on garde d’elle à l’époque de Price Tag. L’église, ses colonnes, la lumière filtrée par les vitraux, donnent à Ll Never Know des allures de messe profane, une liturgie pour les endeuillés. Pas de ballet de caméras hystérique, plutôt des cadres serrés sur le visage, les mains, quelques mouvements du corps qui trahissent ce que la voix ne peut plus contenir. Le texte, déjà poignant sur la version studio, trouve ici une intensité supplémentaire: Jessie J s’adresse à ce proche parti trop tôt, évoque ce qu’elle n’a pas vu, ce qu’elle n’a pas su empêcher, la culpabilité qui s’invite après un suicide ou une disparition brutale. La phrase récurrente I’ll never know why ne cherche pas à percer le mystère, elle constate l’opacité définitive de l’autre, ce trou noir impossible à combler. Ce qui frappe, c’est la façon dont elle bascule de la plainte intime à une forme de déclaration universelle, quand elle insiste sur le fait que la personne est encore aimée comme si elle était vivante, rappel sec et tendre à tous ceux qui se pensent de trop.

Jessie J aujourd’hui

Née à Londres, révélée au tournant des années 2010 avec un mélange de pop, de r’n’b et de soul survitaminée, Jessie J s’est imposée très vite comme une voix hors norme, capable de passer de la ballade au banger sans changer de registre émotionnel. Longtemps associée à une image de performeuse conquérante, elle a pourtant toujours glissé, au milieu des tubes, des chansons plus sombres, où affleurent la fragilité, les angoisses, les deuils. Le temps a fait son œuvre, et la chanteuse de Price Tag ou Domino s’est transformée en auteure-compositrice adulte, moins préoccupée par le classement qu’animée par l’envie de raconter ce qui lui est arrivé pour de vrai.

Après plusieurs années de relative discrétion discographique, Jessie J est revenue en force avec l’album Don’t Tease Me With a Good Time , paru en 2025, premier grand projet depuis une longue parenthèse. Ce disque, plus personnel que ses efforts précédents, assemble différentes strates de son histoire récente: la maternité conquise de haute lutte, la perte, la maladie, les doutes sur la place à occuper. Ll Never Know y apparaît comme l’un des cœurs battants, un morceau écrit plusieurs années plus tôt en hommage à son bodyguard et ami Dave, disparu sept ans avant la sortie, que son équipe l’a poussée à enfin dévoiler. À côté de titres comme Comes in Waves, inspiré par une fausse couche, la chanson inscrit clairement ce disque dans une phase où Jessie J préfère transformer ses cicatrices en bande originale plutôt que de les camoufler derrière des refrains triomphants.

L’actualité récente de Jessie J prolonge ce virage intime. Depuis la parution de Don’t Tease Me With a Good Time, elle a multiplié les prestations à haute charge émotionnelle, que ce soit sur des plateaux télévisés, lors de rendez-vous institutionnels comme le Royal Variety Performance ou dans des cadres plus dépouillés, à l’image de ce live à St Paul’s Church. Loin d’une course aux sorties, elle semble organiser son calendrier autour de moments où ces nouvelles chansons peuvent prendre tout leur sens, privilégiant les formats qui permettent la parole, les explications, les digressions personnelles. La nouvelle ère ouverte par Ll Never Know et ses sœurs de disque ressemble moins à une relance commerciale qu’à une période de recomposition, celle d’une artiste qui trie, garde, jette, et ne met sur la table que ce qui lui paraît vraiment nécessaire.

En parallèle, Jessie J a repris le chemin de la scène avec une série de concerts pensés comme des rencontres plus que comme de simples shows. En 2026, on la voit annoncer des dates dans des salles de taille moyenne en Europe et au Royaume-Uni, soirées où se dessine un équilibre subtil entre les hymnes des débuts et ces nouveaux morceaux plus dépouillés. Elle sera notamment à Londres pour plusieurs soirs, avant de passer par quelques capitales continentales, histoire de renouer avec un public qui, pour beaucoup, a grandi en même temps qu’elle. Dans un paysage pop saturé de narrations fabriquées, Jessie J occupe aujourd’hui une place à part, celle d’une chanteuse à la puissance vocale intacte, qui utilise désormais cette force pour porter des récits de deuil, de résilience et de doute. Ll Never Know cristalise ce déplacement, faisant d’elle moins une simple machine à tubes qu’une conteuse de ces zones grises où l’amour, l’absence et la culpabilité se mélangent sans jamais vraiment s’éclaircir.

Clip vidéo I’ll Never Know Why à l’église St Paul de Covent Garden de Jessie J