
Sever s’attaque à une hantise universelle: la fin, non pas comme concept abstrait, mais comme une réalité physique, imminente. Avec The End , la formation lettone délaisse les artifices du rock épique pour se concentrer sur l’intimité d’un monde qui s’éteint. C’est un rock mélancolique, presque chambriste, où la catastrophe devient le décor d’une conversation suspendue entre deux êtres cherchant un dernier point d’ancrage dans l’obscurité.
The End
Le morceau s’ouvre sur un aveu de vulnérabilité: Lately I have no trouble to sleep / On shells and needles. Cette image de sommeil sur des aiguilles et des coquilles installe immédiatement un malaise organique, une incapacité à trouver le repos. La production épurée, confiée à Christof Krysdove et Andrey Mosolov, privilégie la respiration. Les guitares ne saturent jamais l’espace, elles le dessinent, créant une architecture sonore où chaque note semble pesée. Le tempo reste solennel, évoquant une marche inéluctable. On est loin du rock catastrophiste habituel; Sever préfère observer l’effondrement avec une lucidité désarmante, cherchant simplement un témoin à cette disparition.
Le clip, réalisé par TRE FILM, prolonge cette sensation de huis clos. Le groupe évolue dans des espaces confinés, des salles obscures aux murs oppressants, loin de toute velléité de spectacle. Les musiciens jouent avec une forme de détachement, comme s’ils étaient déjà seuls au monde. Le refrain, I guess it’s just that I want to meet you again / My friend, agit comme le pivot émotionnel du titre. Au cœur du chaos, l’héroïsme s’efface devant un besoin primitif de connexion humaine. La conclusion, And we will dance like before / This is the end, mêle nostalgie et résignation, suggérant que la danse est peut-être l’unique réponse digne face à l’inéluctable.
Sever aujourd’hui
Originaire de Riga, Sever s’est imposé sur la scène rock lettone avec une esthétique qui refuse les tendances éphémères. Le groupe a bâti son identité sur un rock alternatif teinté de gris, porté par des textes introspectifs en anglais qui lui permettent de toucher un public international. Depuis ses premières apparitions, la formation cultive une singularité sonore, explorant avec constance les zones de friction entre l’espoir résiduel et le désenchantement total.
Leur parcours a été marqué par la sortie de l’album Static State en 2018, qui posait déjà les bases de leur mélancolie électrique. Ce projet avait permis au groupe de définir un langage musical précis, entre tension post-hardcore et respirations atmosphériques. Cette rigueur se retrouve aujourd’hui dans leur approche de la scène et du studio, confirmant leur statut de pilier de la scène alternative balte.
Le groupe prépare désormais la sortie de son deuxième album studio, Another Nightmare , prévue pour le courant de l’année 2026. Ce nouveau disque marque une étape cruciale dans leur trajectoire, avec une production plus affinée et une ambition narrative accrue. The End sert de manifeste à cette nouvelle ère, prouvant que Sever n’a rien perdu de sa capacité à transformer la tristesse en une matière sonore dense et habitée.
Sever entamera une série de dates européennes à l’automne 2026, avec des passages attendus à Berlin, Varsovie et Prague. Le groupe occupe une place singulière dans le paysage actuel, prouvant que le rock n’a pas besoin de hurler pour exister. En posant la question de ce qu’il reste quand tout s’écroule, Sever trouve une réponse d’une simplicité bouleversante: la possibilité de partager une dernière danse avant l’obscurité totale.


