
Trash Boat ne se contente plus de hurler sa rage, il la sculpte avec une précision chirurgicale. Avec Even If I Never Get There , titre phare de leur prochain EP attendu pour le 30 janvier, le groupe de St. Albans livre une performance d’une vulnérabilité désarmante. Tobi Duncan, leader et voix d’un quintet en pleine mutation, y transforme la stagnation personnelle en un hymne punk rock salvateur. À l’approche de cette sortie, la formation britannique semble renouer avec une urgence viscérale, où les guitares saturées servent de rempart à une introspection sans concession.
Even If I Never Get There
Le morceau s’appuie sur un riff mécanique et nerveux, imposant une tension qui refuse de faiblir au profit d’une efficacité brute. La production, pilotée par le groupe dans une démarche d’indépendance totale, met en relief une batterie martiale, véritable battement de cœur d’un titre en quête d’air. Entre distorsions massives et envolées mélodiques, le refrain s’impose comme un mantra de résilience forcée (I’ve been breaking down my walls / Cos I won’t live inside forever). La voix de Tobi Duncan oscille avec une justesse rare entre le murmure introspectif et le hurlement guttural, illustrant le combat intérieur d’un homme qui tente de briser ses propres chaînes. Les paroles, hantées par l’usure physique et mentale, trouvent un écho direct dans le clip réalisé par Murry Deaves, où l’esthétique de l’étouffement prédomine.
Visuellement, Deaves privilégie des plans serrés sur le visage de Tobi, enfermé dans des pièces nues aux ombres étirées, alternant avec des séquences de groupe explosives qui capturent l’énergie post-hardcore du quintet. Cette mise en scène renforce l’idée d’une catharsis nécessaire, où la musique devient le seul vecteur de libération face à l’enfermement. La structure du titre, ponctuée de ponts plus calmes où les aveux se font plus intimes (I don’t love myself like I’m supposed to), évite les pièges du pathos pour privilégier une honnêteté frontale. Le mixage, qui laisse une place prépondérante à des basses grondantes, ancre le morceau dans une réalité organique, loin des lissages habituels. Loin du simple support promotionnel, l’objet s’affirme comme une extension narrative immersive, transformant l’écran en un espace de partage thérapeutique.
Trash Boat aujourd’hui
Apparu sur la scène de St. Albans au début des années 2010, Trash Boat s’est rapidement distingué par sa capacité à fusionner l’énergie du punk hardcore et la mélancolie de l’emo. Porté par Tobi Duncan, entouré de Dann Bostock, Ryan Wiltshire, James Grayson et Oakley Alfred, le groupe a su construire une identité forte, refusant les étiquettes trop étroites pour explorer les recoins les plus sombres de l’expérience humaine.
Leur album Heaven Can Wait , paru en 2024, marquait déjà une étape cruciale dans leur discographie. Conçu après une période de dépression liée à une blessure sérieuse du chanteur, ce disque transformait la douleur en une célébration du moment présent. Ce projet a définitivement installé Trash Boat comme l’une des voix les plus authentiques du rock britannique contemporain, capable d’allier une vulnérabilité brute à une puissance scénique redoutable.
En 2026, le groupe poursuit cette trajectoire avec l’EP Even If I Never Get There . Ce nouveau chapitre sera défendu lors d’une tournée européenne intense qui débutera en février. Trash Boat passera notamment par le Joiners à Southampton le 3, le Cavern à Exeter le 4, l’Exchange à Bristol le 5, les Yellow Arch Studios à Sheffield le 6, le Garage Attic à Glasgow le 7, le Cluny à Newcastle le 9, le Waterfront Studio à Norwich le 10 et le Bodega à Nottingham le 11.
La formation rejoindra ensuite le continent pour des dates au MTC de Cologne le 19 février et au Dynamo d’Eindhoven le 20. Ces concerts s’annoncent comme des moments de communion brute, confirmant la place singulière de Trash Boat dans le paysage musical actuel. Entre héritage punk et ambition artistique sans compromis, Tobi Duncan et ses musiciens continuent de transformer leurs failles en une force collective inébranlable.


