Comme chaque année, je ne suis pas seule dans l’aventure. Pour couvrir ces trois jours de festival, je
fais équipe avec mon fidèle acolyte The Punisher. À nous deux, on se partage les découvertes et
surtout l’écriture, chacun apportant son regard et son ressenti sur les artistes que nous allons voir.
Un duo complémentaire pour ne rien manquer de cette édition… et vous faire vivre au mieux chaque
moment, entre énergie brute, coups de cœur et belles surprises.
Vendredi 03 avril
Petit passage rapide ce vendredi pour lancer la saison des festivals… et quel meilleur moyen de
commencer qu’avec le désormais incontournable On a plus 20 ans à Fontenay-le-Comte ?
Première soirée sur trois, et déjà une évidence : l’ambiance est là. Le public est chaud,
intergénérationnel, et prêt à vibrer dès les premières notes.
On attaque fort avec Les Wampas. Un vrai plaisir de les retrouver sur scène. Fidèles à eux-mêmes, ils
balancent leur énergie brute avec une générosité intacte. Et forcément, les premiers accords de leur
légendaire titre Manu Chao font mouche instantanément.
Entre riffs tranchants et coups de langue rageurs sur la guitare, le groupe ne fait qu’un avec la foule.
Le public chante, saute, vit chaque instant à fond. Et comme souvent avec les Wampas, la frontière
entre la scène et la fosse disparaît : le groupe se mêle aux festivaliers, transformant le concert en
moment de partage total.
Moment marquant de la soirée : Nolann, 10 ans, qui monte sur scène avec une pancarte pendant Pipi
au lit. Résultat ? Son tout premier slam, sous les encouragements d’un public conquis. Une scène
aussi spontanée que touchante, qui résume parfaitement l’esprit du festival.
On ne se lasse pas non plus de leurs classiques, notamment c’est l’amour, repris en chœur dans une
ambiance survoltée — papapalapapa résonne encore longtemps après les dernières notes.
Entre deux groupes, une petite surprise : un passage de Slobodan d’Opium du Peuple vient annoncer
un « quartier libre » de 25 minutes, histoire de reprendre son souffle avant la suite.
Dès les premières notes de The Rumjacks, le ton est donné. Une rythmique punk nerveuse, presque urgente, s’installe, rapidement rejointe par les mélodies celtiques qui font la signature du groupe. La flûte fend l’air, les cordes s’emballent, et très vite, la mécanique bien huilée du chaos festif se met en place. Face à la scène, le public ne résiste pas longtemps : les premiers pogos apparaissent, les corps se rapprochent, et la fosse se transforme en un tourbillon joyeux. Leur musique, à la croisée des traditions irlandaises et de l’urgence punk, agit comme un catalyseur. Les refrains deviennent instantanément collectifs, repris à pleins poumons par une foule compacte, tandis que les couplets accélèrent encore le rythme, poussant chacun à se laisser emporter. Impossible de ne pas penser à Dropkick Murphys, tant la filiation est évidente. Mais là où leurs aînés cultivent une puissance presque martiale, les Australiens injectent une forme de spontanéité, une chaleur désordonnée qui donne à leur concert des allures de fête improvisée. Ici, rien ne semble figé : tout déborde, tout vit, tout circule entre la scène et le public. Et c’est précisément ce qui fait la réussite de leur passage. Plus qu’un concert, ils offrent un moment de communion. Les inconnus se parlent, se soutiennent dans la fosse, chantent ensemble comme s’ils se connaissaient depuis toujours. L’espace d’une heure, le temps suspend son cours au profit d’une énergie collective rare. Dans un événement qui célèbre l’esprit punk sous toutes ses formes, The Rumjacks rappellent que cette musique n’est pas qu’une affaire de son, mais aussi — et surtout — de partage. Une bière levée, un refrain crié, un pogo lancé : il n’en faut pas plus pour raviver cette flamme. Leur passage laisse derrière lui une salle essoufflée, trempée, mais conquise. Et une certitude : même au cœur d’un festival déjà survolté, certains groupes parviennent encore à faire monter la température d’un cran.
Et comme une cerise sur le gâteau, une grande annonce vient marquer cette première soirée : le
festival évolue et devient le Rage Fest, avec un déménagement prévu… chez nous, dans le Maine-et-
Loire (49). Une nouvelle qui promet déjà de belles éditions à venir.
Samedi 04 avril
Arrivés de bonne heure pour cette deuxième journée de festival, le constat est immédiat : malgré la fatigue, l’énergie est toujours intacte. Devant l’entrée, une foule déjà dense et bigarrée s’impatiente, venue en nombre pour les prestations attendues de Marcel et son orchestre et Ludwig von 88.
Pourtant, une large partie du public est déjà présente pour accueillir — et pour beaucoup découvrir — Talco, groupe de punk italien. Très vite, l’ambiance monte d’un cran. Les morceaux s’enchaînent, portés par des refrains fédérateurs repris en chœur, à l’image de La mano de Dios, un titre hommage au légendaire Diego Maradona. Le groupe glisse également une reprise survoltée de Bella Ciao, reprise en chœur par une foule conquise, transformant la fosse en véritable chœur populaire. D’autres classiques du groupe viennent ponctuer le set, comme St. Pauli, Danseremo ancora ou encore L’odore della morte, confirmant leur capacité à mêler énergie brute et mélodies entêtantes. Sur scène, le groupe se donne sans compter face à un public chauffé à blanc. Dans la fosse, un circle pit s’organise déjà. Seul regret : un set qui semble filer à toute vitesse.
Après un court discours de notre maître de cérémonie du week-end, rappelant avec justesse quelques règles essentielles autour du consentement et des comportements respectueux, le public profite d’un moment de répit bien mérité après cette déferlante de punk italien. Mais l’accalmie est de courte durée : déjà, les festivaliers se massent de nouveau contre les barrières, prêts à accueillir Marcel et son orchestre. Figure incontournable de la scène alternative française, le groupe est connu pour son mélange explosif de ska, punk et chanson festive, porté par des textes à la fois engagés et pleins d’autodérision. Dans la foule, l’attente est palpable : beaucoup espèrent retrouver cette énergie communicative et ces refrains mythiques qui ont fait la réputation du groupe en live, dans une ambiance aussi déjantée que conviviale. Sur scène, le groupe livre une performance aussi visuelle que musicale. Très vite, les premiers accords de Stigmatisez-moi enflamment le public, suivi par Maudit Karma, repris en chœur par une foule déjà conquise. L’interaction avec le public est constante, presque naturelle, et participe pleinement à l’expérience. L’ambiance monte encore d’un cran avec Les neurones à crêtes, véritable hymne festif, avant un passage remarqué de Petite culotte, qui déclenche autant de rires que de pogos.
Parmi les moments marquants, l’apparition inattendue de Chuck Norris sur le titre Quand on ne sait pas dire non provoque une vague d’enthousiasme dans la foule. Le groupe enchaîne ensuite avec Raoul et Alain, dans une explosion d’énergie collective qui illustre parfaitement leur sens du spectacle. Au terme de ce set, le bilan est sans appel : Marcel et son orchestre confirme son statut de groupe taillé pour la scène. Entre générosité, humour et proximité avec le public, la formation a su transformer le concert en véritable moment de partage collectif. Une prestation complète, festive et maîtrisée, qui laisse derrière elle un public conquis et déjà prêt à prolonger la soirée.
La transition se fait ensuite avec l’arrivée de Ludwig von 88. Fidèle à son univers décalé, le chanteur apparaît affublé d’une spectaculaire perruque royale pour interpréter J’ai tué mon père, ouvrant le set avec une énergie à la fois théâtrale et irrévérencieuse. Dès les premières notes, le ton est donné : un mélange de dérision, de provocation joyeuse et de complicité immédiate avec le public. Groupe emblématique de la scène punk alternative française, Ludwig von 88 cultive depuis ses débuts un style unique, mêlant humour absurde, énergie brute et références décalées. La connexion avec le public est immédiate et constante. Sur scène, les membres multiplient les changements de costumes et de couvre-chefs, jouant avec les codes et les textes des chansons, comme sur Louison Bobet for ever, repris en chœur par une foule enthousiaste.
Le set se poursuit avec des titres cultes comme Jean-Pierre Ramone, où l’autodérision du groupe fait mouche, suivi de HLM, véritable hymne repris à pleins poumons. L’ambiance monte encore d’un cran avec Bilbao et Pololop, morceaux festifs et fédérateurs qui transforment la salle en un espace de liberté collective, entre pogos bon enfant et éclats de rire. Chaque morceau est l’occasion pour le groupe de jouer avec son image et d’entretenir cette proximité rare avec son public. En guise de final, Houla la ! vient clôturer la prestation dans une explosion de bonne humeur. Le public, conquis, accompagne chaque parole, prolongeant l’énergie du groupe dans un moment presque hors du temps. L’ensemble du concert s’inscrit ainsi comme un retour jubilatoire à une époque où le punk rimait avec liberté, dérision et joie partagée.
La soirée a continué avec Les 3 Fromages, qui, fidèles à leur réputation, ont une nouvelle fois soigné
leur entrée en scène. Dès les premières notes, l’ambiance était donnée : énergie, humour et une
vraie complicité avec le public. On ressent immédiatement le plaisir qu’ils prennent à être sur scène,
et ça se transmet sans effort à toute la salle.
Le groupe enchaîne les titres avec efficacité, entre morceaux incontournables et moments plus
décalés. La galère d’un pirate, La vie est belle ou encore C’est pas punk .Clairement un des moments
forts du set et font réagir un public conquis. Et comme toujours avec eux, impossible de s’ennuyer :
entre deux riffs, ils nous offrent une battle complètement déjantée entre batterie et clavier,
déclenchant rires et applaudissements.
Ce concert avait aussi une saveur particulière, puisque le groupe célèbre ses 20 ans de carrière. Une
longévité qui se fête comme il se doit, avec un public au rendez-vous et une ambiance survoltée. Et
bien sûr, impossible de passer à côté du moment mythique : le fameux wall of death, qui transforme
la fosse en véritable scène de chaos organisé.
Pour clôturer la soirée, place à Tagada Jones, accompagnés d’un orchestre, pour un final aussi
puissant qu’original. Le show est tout simplement impressionnant. La salle est pleine à craquer, à tel
point qu’il devient presque impossible de se frayer un chemin pour profiter pleinement du spectacle .
Preuve de l’engouement énorme autour du groupe.
Sur scène, l’énergie est brute, maîtrisée, et portée par des arrangements orchestraux qui donnent
une nouvelle dimension à leurs morceaux. Les titres phares s’enchaînent : Descente aux enfers, Je
suis démocratie, À feu et à sang… autant d’hymnes repris en chœur par un public en fusion.
Une fin de soirée intense, à l’image du festival : vibrante et festive.
Dimanche 05 avril
Dernier jour de festival, et l’ambiance est à la fois électrique et chargée d’émotion. Après plusieurs
jours intenses de musique, de rencontres et de moments forts, le public est bien décidé à profiter de
chaque seconde restante. Dans les allées comme devant les scènes, on sent cette énergie particulière
des fins de festival : un mélange de fatigue, d’excitation et d’envie de tout donner une dernière fois.
Ce soir, pas question de lever le pied. Les festivaliers sont au rendez-vous, prêts à vibrer une ultime
fois au rythme des guitares, des pogos et des refrains repris en chœur. Une dernière soirée qui
s’annonce à la hauteur, avec une programmation idéale pour clôturer cette édition en beauté.
On commence avec Meteora, tribute du mythique Linkin Park. Malgré quelques galères – deux
absents remplacés au pied levé (le chanteur et le bassiste) – le groupe assure le show avec une
détermination impressionnante. On sent qu’ils ne sont pas au top de leur forme, mais ils compensent
largement par leur engagement et leur envie de faire vibrer le public.
Très vite, ils embarquent la foule avec eux, notamment sur Crawling, repris en chœur. Et pour finir de
réveiller tout le monde : un petit wall of death comme on les aime, histoire de bien lancer la machine
pour cette dernière journée.
Puis place à un ovni du festival : Didier Super.
Avant même que ça commence, il est déjà en train de faire le show. Sa nonchalance légendaire fait
mouche immédiatement. Son entrée sur Ameno version Dolimen met tout le monde d’accord : on
est là pour du grand n’importe quoi… parfaitement maîtrisé.
Didier est en grande forme, toujours aussi piquant, insolent et terriblement drôle. Il prend le temps
de présenter “les Discount” (ses musiciens) et “les sous-marques” (ses chanteuses), dans un style
bien à lui. Le public reprend à fond des titres comme Debout chômeurs, L’armée de terre ou encore
À bas les gens qui bossent, dans une ambiance aussi décalée que festive.
Moment fort : il descend au milieu de la foule, au plus proche du public, avant de slamer jusqu’à la
scène. Une vraie communion, à son image : imprévisible et généreuse.
Merci Didier, pour ce moment hors du temps qui conclut parfaitement cette journée.
Concernant l’hommage à Parabellum je ne pouvais pas me contenter de ces quelques lignes au milieu de celles de l’ensemble du festival tant la claque que je me suis prise était monumentale, vous retrouverez donc un live report uniquement consacré à cet hommage prochainement.
Dans la moiteur électrique de cette dernière soirée, Early Maggots s’est emparé de la scène avec une proposition limpide : raviver la rage du nu metal des années 2000, sans filtre ni distance.
Dès les premières mesures, le ton est donné. Masques vissés, saturation maximale et batterie martelée : le groupe ne cherche pas à réinventer le genre, mais à en restituer la violence cathartique avec une fidélité assumée. Le pari est risqué — celui du tribute frontal — mais il est tenu. L’exécution est précise, la tension constante, et le public, largement acquis à la cause, répond immédiatement par des pogos compacts et une ferveur quasi rituelle. Sur scène, Early Maggots impressionne par son sens du détail : esthétique soignée, présence scénique maîtrisée, et surtout une densité sonore rarement atteinte dans ce type de formation. L’ensemble flirte parfois avec la démonstration, au détriment d’une véritable appropriation artistique, mais cela correspond exactement à l’attente du public : une immersion brute et sans détour. Dans le cadre du festival, leur passage s’impose comme un moment de défoulement pur, presque régressif, mais redoutablement efficace. Là où certains groupes jouent la relecture ou la prise de distance, Early Maggots choisit l’impact direct.
Au final, le festival On a plus 20 ans porte finalement bien son nom. Il ne s’agit pas seulement de nostalgie, mais d’un véritable moment de partage entre générations, où les souvenirs d’hier rencontrent l’énergie d’aujourd’hui. Entre ambiance conviviale, artistes emblématiques et public passionné, l’événement réussit à créer une parenthèse hors du temps.
Plus qu’un simple festival, c’est une expérience humaine, faite de rires, de musique et de complicité. Et si les années passent, une chose reste sûre : l’envie de vibrer, elle, n’a pas pris une ride.


