Il y a des groupes qui parlent de violence. Et il y a ceux qui la vivent, la transpirent, la balancent sans filtre à la gueule du public. TankrusT fait clairement partie de la deuxième catégorie.
Actif depuis 2006 en région parisienne, le quintet n’a jamais cherché à suivre une mode. Son truc, c’est le metal qui cogne, celui qui prend racine dans le thrash et le death, qui flirte avec le hardcore, et qui garde toujours un pied dans le chaos moderne. Oui, on pourra toujours citer Lamb of God ou Machine Head pour situer le terrain. Mais TankrusT, c’est surtout une machine de guerre qui s’est construite seule, à coups de riffs, de sueur et de scènes retournées.
Parce que c’est là que tout se joue. Le groupe ne fait pas semblant : chaque morceau est pensé pour le live, pour le pit, pour ce moment précis où la barrière explose et où plus rien ne compte à part l’impact. Pas de pose, pas de vernis — juste de l’énergie brute, continue, presque obsessionnelle.
Côté discographie, le parcours est limpide : Beyond Thresholds (2013) pose les bases, The Fast of Solace (2015) enfonce le clou, Opposite Terror (2019) muscle le propos. Trois sorties, zéro détour inutile. TankrusT avance, tape, affine.
Et puis arrive Shrike.
Pas une révolution. Pas un virage opportuniste. Une mutation.
Le nouvel album pousse tout plus loin : riffs plus tordus, guitares plus insaisissables, structures moins prévisibles. Le groupe garde sa colonne vertébrale mais injecte une dose de venin supplémentaire. Ça serre, ça grince, ça accroche. Et surtout, ça ne lâche jamais.
Le choix du nom n’est pas anodin : le shrike, cet oiseau qui empale ses proies, ou ce missile qui ne laisse rien debout. Même logique ici. Les morceaux frappent sec, les textes visent juste et sans détour, s’attaquant aux travers contemporains avec une frontalité assumée.
Visuellement, la patte de Tib Gordon continue de souder l’ensemble, fidèle au poste pour maintenir cette cohérence esthétique qui accompagne le groupe depuis plusieurs sorties.
Mais soyons clairs : Shrike n’est pas un album à “écouter tranquillement”. C’est un disque à vivre debout, dans le bruit, dans la foule. Un disque qui appelle la scène, le mouvement, le chaos organisé.
Après presque vingt ans d’activité, TankrusT ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il fait ce qu’il sait faire de mieux : avancer, frapper, et laisser des traces.
Et visiblement, il n’a toujours pas fini de mordre.


