Bruno Mars - I Just Might : le retour d’un séducteur vintage
Bruno Mars - I Just Might : le retour d’un séducteur vintage

Bruno Mars – I Just Might : le retour d’un séducteur vintage

Bruno Mars - I Just Might : le retour d’un séducteur vintage

Artiste : Bruno Mars

Sans prévenir, Bruno Mars rouvre le bal avec I Just Might , premier extrait de son nouvel album The Romantic , attendu pour le 27 février, et signe un retour qui ressemble à un manifeste: il ne cherche plus à sauver le monde avec une ballade déchirante, il revient pour posséder le dancefloor. Tout est annoncé dès ces premières secondes, groove quatre-quarts, cuivres en embuscade et sourire en coin, comme si Mars décidait de condenser quinze ans de séduction pop en trois minutes et quelques de drague ultra chorégraphiée.

I Just Might

Portée par une rythmique quatre temps très directe, proche d’un standard disco-soul de la fin des années 70, I Just Might reconvoque ce que Bruno Mars sait faire de plus efficace, transformer la nostalgie en moteur contemporain. La ligne de basse chaloupe sans jamais saturer le spectre, les claps tombent exactement où il faut, on entend presque les fantômes de Soul Train dans les arrangements, et la section de cuivres arrive par vagues comme une ponctuation euphorique, jamais décorative. Le morceau joue sur une progression extrêmement simple, couplets minimalistes, pré-refrains qui montent la tension, puis ce refrain qui s’ouvre comme une boule à facettes, avec les chœurs oh oh oh qui accrochent immédiatement. Ce n’est pas un banger qui écrase tout, plutôt une machine à rebonds millimétrée, pensée autant pour les enceintes portables que pour un système de club. La voix de Mars flotte au-dessus de tout cela avec une aisance presque insolente, alternant murmures charmeurs et poussées plus tendues sur la fin, comme pour rappeler qu’il reste un des rares chanteurs mainstream capables de tenir le centre d’un morceau sans surenchère vocale.

Le clip réalisé par Daniel Ramos et Bruno Mars pousse cette logique jusqu’au vertige, en construisant un univers où Mars n’existe plus qu’en multiples. Entouré d’un groupe entièrement composé de clones de lui-même, démultiplié au chant, à la guitare, aux claviers et aux chœurs, il occupe chaque recoin du cadre, comme si aucune autre présence ne pouvait rivaliser avec son aura. La chorégraphie conçue avec Phil Tayag prolonge ce fantasme de maîtrise totale, gestes ultra ciselés, micro-pas funk, jeux de jambes qui citent autant James Brown que les boys bands des années 90, mais avec une fluidité qui renvoie à sa période Uptown Funk . La direction photo de Todd Banhazl accentue cet effet de mirage, lumières chaudes, reflets dorés, décors de club stylisés plus que réalistes, comme si la drague décrite dans le texte se déroulait dans un cabaret mental. On ne voit pratiquement jamais le fameux pretty little lady évoqué dans les paroles, le dispositif visuel insiste au contraire sur ce Bruno Mars démultiplié qui danse avec lui-même, comme si l’enjeu n’était plus de convaincre l’autre, mais de rejouer à l’infini sa propre légende de crooner romantique et solitaire.

Bruno Mars aujourd’hui

Né à Honolulu, formé dans les bars et les shows de reprises avant de devenir auteur-compositeur pour d’autres, Bruno Mars s’est imposé au tournant des années 2010 comme le garçon qui savait tout faire, chanter la soul, écrire des refrains pop imparables, rapper par fulgurances et surtout dompter la scène comme les idoles funk auxquelles il rendait hommage. Très vite, sa grammaire musicale se fixe, un mélange serré de R’n’B classique, de funk millésimé, de pop radio et de ballades quasi standard, que ce soit sur ses propres albums ou à travers une série de collaborations devenues des tubes planétaires.

Son dernier grand projet solo officiel, 24K Magic paru en 2016, avait acté ce virage pleinement rétro, album concept quasi intégralement consacré à un fantasme de funk et de R’n’B fin 80 et début 90, luxe clinquant, refrains XXL et production ultra ciselée. Entre-temps, l’association avec Anderson. Paak au sein de Silk Sonic et l’album An Evening With Silk Sonic en 2021 avaient encore affiné cette esthétique, comme un laboratoire où Mars poussait son obsession vintage jusqu’au pastiche haut de gamme. The Romantic , annoncé pour 2026 avec I Just Might en éclaireur, ressemble à la tentative de reconfigurer cette identité autour d’un seul axe, le romantisme assumé, mais filtré par les codes du club, moins sacrificiel, plus joueur, presque taillé sur mesure pour ces nuits où la séduction est un sport de contact chorégraphié.

Après le raz-de-marée de ses concerts des années précédentes, notamment les tournées portées par 24K Magic puis les dates partagées avec Silk Sonic, Bruno Mars avait ralenti le rythme des apparitions, préférant les résidences dans des salles prestigieuses plutôt qu’un tour du monde permanent. La sortie de The Romantic relance logiquement la machine, avec une nouvelle série de concerts annoncés pour 2026, entre stades et arènes où sa maîtrise du spectacle total, danse, chant, mise en scène, devrait transformer chaque date en revue funk contemporaine. Le retour à un album solo après une longue parenthèse de collaborations et de silence discographique ressemble à un repositionnement stratégique, celui d’un artiste qui préfère dorénavant choisir ses moments plutôt que saturer le calendrier.

Bruno Mars devrait ainsi défendre The Romantic sur scène tout au long de l’année, avec des passages prévus dans les grandes capitales européennes et américaines, confirmant son statut de valeur sûre du spectacle en direct. Les rumeurs de nouvelles résidences prolongées dans des salles luxueuses circulent déjà, signe qu’il continue de naviguer entre la logique de tournée classique et celle du show fixe, pensé comme une revue. À l’heure où la pop mondiale oscille entre formats très courts et saturations numériques, il occupe une place singulière, celle d’un entertainer à l’ancienne qui traite chaque morceau comme un numéro et chaque album comme un concept scénique potentiel. I Just Might ne change pas cette équation, il la précise, en rappelant que, derrière le clin d’œil rétro et le clinquant assumé, Bruno Mars reste l’un des rares à savoir transformer une simple scène de flirt en petit théâtre romantique à l’échelle planétaire.

Clip vidéo I Just Might de Bruno Mars