Il y a des noms qui suffisent à faire vibrer la corde sensible des amateurs de heavy metal. Kai Hansen est incontestablement de ceux-là. Architecte incontournable du power metal allemand, membre fondateur de Helloween avant de tracer sa propre route avec Gamma Ray, le guitariste n’a plus rien à prouver. Riffs acérés, mélodies fédératrices et refrains imparables : il a largement contribué à façonner l’identité d’un genre dont il maîtrise les codes sur le bout des doigts. Avec Born With A Hammer, il choisit pourtant de ne pas se contenter de capitaliser sur son héritage.
Le heavy metal reste le socle, mais Hansen s’autorise quelques écarts de conduite. Des influences hard rock, une certaine liberté punk et des arrangements moins conventionnels viennent bousculer les habitudes sans effacer cette signature immédiatement reconnaissable. L’objectif n’est manifestement pas de reproduire les grandes heures de Gamma Ray, mais de laisser s’exprimer un musicien qui privilégie ici la spontanéité et le plaisir de jouer. Dès « Feeding The Beast », le ton est donné : guitares incisives, énergie frontale et sens de l’accroche. Rien de révolutionnaire, certes, mais une efficacité qui rappelle que Hansen reste un artisan particulièrement affûté lorsqu’il s’agit de faire parler la poudre.
Le morceau-titre, avec ses huit minutes passées, constitue toutefois le véritable point de bascule. « Born With A Hammer » délaisse le format direct pour multiplier les ambiances, entre piano, harmonies de guitares, ruptures rythmiques et envolées théâtrales. Certaines séquences évoquent même l’approche de Queen, preuve que le guitariste ne souhaite pas se limiter au vocabulaire traditionnel du power metal. L’ambition est louable et témoigne d’une réelle envie d’explorer. Reste que cette construction plus aventureuse ne maintient pas toujours la même tension : à force de privilégier les détours et les contrastes, la composition perd parfois en impact ce qu’elle gagne en diversité.
« End Of The Road » adopte une approche plus accessible, portée par un travail mélodique qui s’éloigne des conventions du power metal sans sacrifier le sens du refrain. « Wonderland » renoue, quant à lui, avec une énergie heavy plus fédératrice. Ces morceaux illustrent assez bien l’équilibre recherché par Hansen, partagé entre l’efficacité de ses fondamentaux et le désir de sortir de sa zone de confort. Cette diversité constitue la principale richesse du disque, mais aussi sa limite : toutes les compositions ne possèdent pas la même force de frappe et certaines auraient gagné à bénéficier d’une écriture plus resserrée.
C’est finalement tout l’intérêt de Born With A Hammer. Là où d’autres vétérans s’enferment dans la reproduction de leurs propres classiques, Hansen préfère prendre des risques, quitte à dérouter une partie de son public. Les amateurs de power metal allemand à haute teneur en refrains mémorables pourraient rester sur leur faim, faute d’hymnes immédiatement incontournables. En revanche, ceux qui apprécient les musiciens capables de faire évoluer leur langage sans renier leurs racines trouveront ici une proposition plus personnelle qu’un simple exercice de nostalgie.
Sans être irréprochable, Born With A Hammer demeure un album vivant, généreux et suffisamment aventureux pour retenir l’attention. Le disque ne frappe pas systématiquement avec la puissance dévastatrice des classiques qui ont bâti la réputation de son auteur, mais il conserve une qualité essentielle : l’envie de chercher plutôt que de se répéter. Et lorsqu’un musicien de la trempe de Kai Hansen choisit encore l’exploration plutôt que le confort, le marteau mérite qu’on lui prête l’oreille.
- 1.Feeding The Beast
- 2.Welcome To Life
- 3.Don’t Care
- 4.Wait And See
- 5.Born With A Hammer
- 6.I.D.G.A.F
- 7.End Of The Road
- 8.Triple Trouble
- 9.Invaders
- 10.Wonderland

